"M. Foussier a une locomotive (commerciale) de retard"
Voici la réponse de la conseillère municipale d'opposition, Corinne Leveleux Teixeira au refus de Mr Foussier de piétonniser la Rue des Carmes
Dans une récente interview à La République du Centre, M. François Foussier, adjoint chargé du commerce, et Mme Elisa Pinault, qui l’a remplacé à la tête de l’association « Les vitrines d’Orléans », s’épanchent longuement sur le « danger » que représenterait la piétonisation de la rue des Carmes.
Et là, on croit rêver, ou plutôt l’on frémit en découvrant une argumentation qui transpire la peur et l’absence totale de vision urbaine forte.
En premier lieu, les consommateurs que nous sommes frissonnent d’angoisse à la lecture de cette affirmation de Mme Pinault : « La décision de piétonniser peut être dramatique et tuer le centre-ville. » Diable ! « Tuer le centre ville » ! Rien que cela ? Mais alors, il doit être bien malade, si la seule piétonisation d’une rue (déjà fermée à la circulation depuis de longs mois, du fait des travaux du tram) suffit à le faire disparaître ! Vite, qu’on déclare l’urgence ! Qu’on organise la mobilisation générale ! Qu’on sonne le tocsin ! Qu’on agisse enfin ! Qu’attend M. Foussier, par exemple, pour enfin mettre en place le nouveau droit de préemption sur les fonds de commerce créé par une loi de … 2005 ? C’est pourtant un outil de maîtrise urbaine et commerciale, qui devrait permettre de conserver la diversité des activités et de dynamiser les commerces de proximité au cœur de notre ville. Pourquoi tant tarder à le mettre en œuvre ? De même, qu’attend M. Foussier pour installer dans la halle Charpenterie ces belles locomotives commerciales qu’il nous promet depuis si longtemps mais qui semblent tarder à sortir du garage pour entrer en gare d’Orléans ? Et pourquoi n’a-t-il toujours par trouvé un repreneur pour le Champion de la Source ?
Autre argument développé par M. Foussier et Mme Pinault : la question des flux de véhicules, la rue des Carmes étant arbitrairement qualifiée de « pénétrante importante sur Orléans ». Outre qu’ils mélangent, pour les ajouter, les flux de véhicules entrants et sortants, ils omettent soigneusement de préciser où vont ces fameuses voitures qui empruntent la rue des Carmes. Est-on certain qu’elles se précipitent vers les boutiques du centre ville pour y faire leurs emplettes ? Où transitent ces flux après les Carmes? Ne s’agit-il pas, tout simplement de riverains ? Aujourd’hui, cette « pénétrante importante » est fermée à la circulation, et vit-on pour autant un cataclysme commercial ? Le centre ville est-il moribond ? Pourquoi, d’ailleurs, ne pas faire le parallèle avec la rue Théophile Chollet (axe Nord/sud) et ses 10 000 véhicules jour, qui va être mise en voie piétonne, sans susciter d’inquiétude particulière de la part de M. Foussier ? En vérité, la piétonisation de la rue des Carmes est dans la logique même de la seconde ligne de tramway : là où l’on met en place ce type de transport en commun, les flux de véhicules se tarissent d’eux mêmes, puisque le tram offre une alternative crédible à l’automobile.
Et puis, il faut aussi sortir d’Orléans ! Partout en France, des zones piétonnes se mettent en place : à Strasbourg, Nancy, Metz, Chartres, Annecy, La Rochelle, pour n’en citer que quelques-uns, ce sont des dizaines et des dizaines de kilomètres de linéaires piétons qui sont déployés, sans tuer le commerce de proximité. Pourquoi en serait-il autrement à Orléans ? Les habitants réclament cette piétonisation. Au nom de quoi la leur refuser ?
Par ailleurs, il n’est pas sain d’opposer les quartiers les uns aux autres. Pourquoi ce qui est bon pour les Carmes serait-il mauvais pour la rue Royale ? Ce n’est pas en termes de concurrence qu’il faut penser la ville, mais en termes de dynamisme et de complémentarité. A ce titre, la piétonisation de la rue des Carmes constitue bien un atout majeur pour notre cité.
Il serait possible de réfuter point par point l’ensemble de ces arguments. Là n’est point l’essentiel. L’essentiel, c’est qu’ils témoignent d’une vision de la ville rétrograde et frileuse. M. Foussier pense la commercialité comme si elle n’avait pas changé depuis 30 ans. Aujourd’hui, les centres commerciaux s’essoufflent et perdent de plus en plus de clients. L’heure est au commerce de proximité, à forte valeur ajoutée, avec une bonne qualité de service rendu et une dimension relationnelle forte. La rue des Carmes, avec ces boutiques très diversifiées et sa large gamme de produits répond à cette demande nouvelle. Elle n’a pas besoin d’une hypothétique locomotive commerciale.
Enfin, à l’heure du sommet de Copenhague, on ne peut qu’être sidéré par les propos ouvertement contraires au développement durable formulés par l’adjoint au maire d’Orléans. Ce que nous promet M. Foussier, c’est toujours plus de voitures, toujours plus de bouchons, toujours plus de pollution. C’est un consternant retour en arrière que réclame celui qui fut l’adversaire le plus acharné de la piétonisation de la rue de la République. M. Foussier, toujours visionnaire, a, une fois de plus une locomotive (commerciale) de retard.
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